Après une UNE essentielle au vu de la polémique récente (IA or not IA ?), deux livres en UNE puis de Nouvelles aventures d’Ovaine (Tristan Felix) et nos Libr-événements…
UNE : IA or not IA ?
Dans l’absolu – à savoir hors contextes éthique, politique, écologique ou économique –, quelles différences peut-on établir entre la génération de textes par IA et la génération de textes par des poètes expérimentaux (des dadaïstes et surréalistes à Jean-Pierre Balpe, en passant par Oulipo) ? L’origine ou l’originalité ? La notion d’intentionnalité de l’expérience en modifie-t-elle fondamentalement la réception ?
Quelle part d’idiosyncrasie dans une écriture ? Écrire un texte, n’est-ce pas participer à l’Intertexte Anonyme (IA) qu’on nomme tout simplement Bibliothèque ?
♦♦♦♦♦
Gogol craduction (collectif TXT)
Chaque jour que Gogol fait, les zumoins font leurs prières à leur IA : IA, suis-je la plus-Belle ? IA comment avoir la plus-Belle ? IA, que dois-je faire aujourd’hui ? IA, horoscope-moi stp !
Bellezâmes : L’IA pour le porno, c’est plus moral, non ? Pour la pub, pourquoi pas… Mais ce n’est pas fait pour le monde des Zarts-et-des-Lettres : c’est moche, n’est-ce pas ?
Belles-Lettres : Le-Grand-ÉcrivainTM est un Génie qui invente des fictions ex nihilo et crée des chefs-d’œuvre après avoir souffert les-affres-du-style. Et en prime, pour tous les Zécrits à la Première-Personne ou très personnels, c’est 100% garanti purement Authentique ! Rien à voir avec le Faussaire qui appuie sur un bouton et… coup de baguette magique, apparaît le roman qui fait mouche…
C’est l’IA qui zécrit comme les zumains ou les zumoins qui zécrivent comme l’IA ?

Livres à la UNE, par Fabrice Thumerel et Jean-Claude Pinson
► Élisabeth MORCELLET, La Disparente. En fun & Raille, éditions du Cygne, coll. « Voix au poème », septembre 2026, 102 pages,
15 €.
D’emblée, le titre – qui arbore un mot-valise inventif – nous en dit long : il s’agira d’une parente disparue sur un registre comique – tout en jeux de mots et dérapages contrôlés, avec déraillements caustiques. Et plus précisément d’une mère, Gilberte, qui a rejoint le « firmaman » (calembour de Jean-Paul Gavard-Perret) à l’âge canonique de « quatre-vingt-seize ans et demi ! » – « pour que jeune naisse se fasse !» Que « dalle du congénital ! », s’exclame la narratrice, qui a « peint le portrait à la truelle fait art moderne »… Et d’entamer un jeu « à tire-toi », « avant séance de tir de langue »… une valse mélancomique de je/tu(e) dans une langue elliptique et syncopée avec jeux typographiques qui ressortit à la poésie visuelle :
« babillée à l’onomatopée mon écriture
bricole batifole ton babil verbiage
libre à tout âge des signes des sens des sons ! » /Fabrice Thumerel/
► Guillaume ARTOUS-BOUVET, Cinq fois X. Cinq thèses sur le poème, Furor éditions, en librairie depuis le 5 octobre, 80 pages,
14 €.
Sur le fameux sonnet en X de Mallarmé, on a beaucoup écrit.
Guillaume ARTOUS-BOUVET en propose une relecture où l’accent est mis sur la réalité matérielle de la langue (le poème est fait d’atomes, comme le voulait déjà Lucrèce quand il usait d’un même mot – elementa – pour désigner les atomes et les lettres) :
« Ce que dit le sonnet c’est qu’il y a, quel que soit l’empire de l’absence et des cendres, quelque chose plutôt que rien. »
Ce qu’est la poésie ? Un geste de configuration de la langue par elle-même, dans laquelle elle se trouve ressaisie, et que Laurent Jenny désigne comme l’événement du figural : la langue « n’y semble pas seulement « mise en œuvre », réalisée, mais aussi retrempée à son origine, restaurée dans une puissance première d’appréhension, reforgée en des signes neufs. » /Jean-Claude Pinson/
Nouvelles aventures d’Ovaine /Tristan Felix/
Ovaine est croque-mort dans un cimetière. Ce n’est pas une faste food.
Alors elle prend le temps de chatouiller les morts sous les tarses et la clavicule.
Ils se tiennent les côtes irrésistiblement. D’aucuns, sans retenue, meurent de rire.
Drôlement embêtée, Ovaine leur tapote les mâchoires ; elle n’ose le bouche à bouche. C’est archi-plein de maladies.
Elle n’a plus qu’à les sortir un à un, nuitamment, et à les lâcher dans la vie sur une voie bien en pente.
Ils reviennent le dimanche se recueillir sur leur tombe, arroser leurs soucis. (Ils ne regrettent pas cette rallonge à perpétuité.)
♦♦♦♦♦
Ovaine virgule inquiète virgule dessine au cœur du lac un O dans l’eau.
— Han ! s’éxclabousse le silure grossi trois mille fois. Han !
— Motus cousu, ventrasse! avec ma loupe j’peux pas t’louper.
Terrifié jusqu’à l’infinuscule, le silure dégoise tout ce qu’il a gobé depuis Noé et même avant : têtards tardifs, âmeçons, œufs de cent ans, noyaux d’ananas et même un bébé chèvre avec son fœtus à la main.
Oh, les voilà qui tètent le vide, avec des petits bruits de caoutchouc. Ils attendent sûrement la prochaine arche.
Si dodue manne ébahit Ovaine qui se dit : qu’à repasser par le zéro, on en sauve des vies.
Libr-événements
► Jusqu’à ce vendredi 16 octobre, Festival MIDIMINUIT POÉSIE #26 : programme.

► 

![[NEWS] NEWS DU DIMANCHE](https://libr-critique.com/wp-content/uploads/2022/02/band-actuLC.jpg)
→
Entre l’auteur et le lecteur le rapport est ambigu. Et doit, à mon avis, le rester. Peut-être la récente banalisation des « Rencontres » a-t-elle porté à penser que l’écrivain serait jugé sur sa « présence ».