[Texte] Christophe Esnault, Vivre en poète – Théâtre critique calciné (Travail en cours)

[Texte] Christophe Esnault, Vivre en poète – Théâtre critique calciné (Travail en cours)

juin 7, 2026
in Category: Création, UNE
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[Texte] Christophe Esnault, Vivre en poète – Théâtre critique calciné (Travail en cours)

Le poète

L’ami

Le serveur de la Civette

Voix de la sagesse omnisciente

La dynamite idoine

Le poète

Je pars sur les sentes pour vivre en poète.

L’ami

Et tu as un partenariat avec les hôtels Ibis et avec Restauroute ?

Le poète

Je pousserai ma carriole, de villages en hameaux, me laverai dans les rivières et les étangs et dormirai là où on voudra bien m’accueillir, sous un abri de fortune, avec les bêtes ou sous ma tente Quechua.

L’ami

Tu vas déclamer dans la rue, proposer tes livres à la vente ? Est-ce que tu vas utiliser les réseaux pour amorcer plus facilement des rencontres dans les villes où tu vas passer ?

Le poète

Pas de téléphone, pas de réseautage, l’enjeu de ce périple se joue dans ce refus primordial.

Le serveur

Je vous ressers la même.

Le poète

C’est bien ce qu’on attendait, oui, deux Super Bock.

L’ami

Tu as des sous de côté pour voir venir un peu ?

Le poète

Non, je n’ai pas deux cents euros d’avance. Et je n’aurai aucune rentrée d’argent sur la période que j’aimerais emmener sur deux années. Dans ma carriole j’aurai de quoi bricoler des livres uniques que je vais proposer à prix libre au gré des rencontres. Ou, bien mieux, en échange contre la joie d’un repas chaud partagé avec des vivants.

Voix de la sagesse omnisciente

Optimiser vos compétences et sachez utiliser les bons outils et vous adresser aux professionnels les plus efficients. Pensez malin, pensez à la Team J’entre dans l’Histoire point COMM’®.

L’ami

Et si tout le monde s’en fout de ta poésie ?

Le poète

Eh bien, je me ferai humoriste, je jouerai des saynètes, me poserai en débile ou en hurluberlu pour provoquer un rire. Raconterai mon parcours où j’ai su me calciner au grand vivre, à l’écriture ou à la création, ou comment j’ai vu un millier de concerts dans les années 90 et 2000. Je donnerai mes bras contre une assiette ou pour m’abreuver, je le ferai s’il le faut, mais sans jamais travailler plus de deux jours consécutifs, je pense, sinon, autant ne pas bouger de Chartres et continuer ma vie d’esclave salarié.

L’ami

Tu penses que l’on peut exister sans un blog, sans un Insta, sans présence sur le bidule où tout le monde est connecté ?

Le poète

Tu soulèves là une question crispante et essentielle. Aucun poète ne sera jamais présent sur les réseaux sociaux, en participant à cette sotie, ce cirque d’avatars peinturlurés. Ça ne paraît pas concevable. Ce serait un non-sens complet qui désintégrerait immédiatement la substance et l’épaisseur du supposé poète. Si les gens ne te voient pas passer sur le réseau avec ton projet formidable qui est le tien. S’ils ne peuvent pas liker. Partager et dire qu’ils t’ont croisé, ils ne te regardent même pas. J’en suis à peu près sûr. Et c’est cette expérience que je vais raconter dans un récit quand je vais rentrer trempé de pluie sale, et totalement déprimé. Roué de coups par mon acuité, qui sera peut-être la même que celle qui aujourd’hui déjà me décide à partir, et à fuir le brouhaha et les gesticulations des imbéciles. Je me colle l’étiquette aussi, et je tente de me fuir.

L’ami

J’adore l’idée.

Le poète

Tu viendras me chercher à Pétaouchnock quand j’aurai été dépouillé, tabassé et que je n’aurai qu’une culotte de grand-mère sur le cul, que j’aurai volée sur un fil à linge ?

L’ami

On verra, j’ai une vie de famille et des obligations comme tu le sais. Et puis la confrontation à l’adversité nourrira ton récit si tu n’es pas mangé par les loups, par ta solitude et ta désespérance scintillante.

La dynamite idoine

J’arrive comme Bruce Willis pour sauver cette pièce neurasthénique à la dernière réplique. Deux alcoolisés en discussion au comptoir, je ne suis pas sûr que cela nous aide à retrouver le lance-flammes que l’on a tant aimé dans Le Vieux Fusil. Uriner en joie sur une ligne à haute tension pour l’avoir son festival d’étincelles, d’autres ont déjà essayé, ça ne marche pas. Le poète ira vaillant avec sa ceinture dynamito-féerique et en apothéose de son périple, de sa ballade de pendu, se faire exploser au milieu de nulle part, et en presque discrétion. Fini le spleen, fin de ses élans de pureté imbécile, il saura convoquer en élégance l’efficacité.

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librCritique

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