Daniel Cabanis, J’exagère sans peine, éditions L’Incertain, printemps 2026, 82 pages, 10 €, ISBN : 978-2-4881-1013-6.
Après avoir publié seulement 4 livres en presque 30 ans, Daniel Cabanis, « contre-producteur » (sic) et fabricant de « pense-bêtes idiots » (re-sic), ouvre son petit dernier sur une citation d’Emmanuel Hocquard tirée de son Cours de Pise(P.O.L, 2018) : Sauf rare exception, personne n’appellera chèvre une table. Cela dit, il faut croire que l’auteur fait partie de ces exceptions car il prend un malin plaisir à brouiller les cartes à travers une série de 66 proses de longueur équivalente à celle d’une page et dont le titre tient en un seul mot.
Entrelaçant récit, dialogues et commentaires, un narrateur y raconte à la première personne ses péripéties dans un environnement
imprévisible et menaçant où domine cependant le tragi-comique de la plupart des situations. L’un des traits marquants de cet univers réside dans l’identité floue des personnages, indécision qui conduit à de multiples quiproquos. Les patronymes, souvent burlesques (Tong ; Bicq, Bugg, Boda, Bouc ; Jean-Louis Baculard de Pornault-Vassac, Rouchpott ou bien l’emblématique Faussard) sont particulièrement affectés par ce brouillage, le narrateur sachant rarement à qui il a affaire. Les toponymes ne sont pas épargnés et un projet de voyage oscille allègrement de Bali à Bâle en passant par le Mali et les Baléares. Cette incertitude généralisée contribue au climat de violence via meurtres parfois loufoques (« Puis, Dacahabert prend son élan, et, tenant la hallebarde à l’horizontale, il se rue sur le peintre, lui plante l’arme dans le ventre et dans un même élan le cloue à la boiserie. »), tortures diverses et variées (flagellation, dépeçage, mutilation, etc.) et suicides plus ou moins forcés : « Mère y consent spontanément. Si ça te fait plaisir, dit-elle. Mais père résiste (il a toujours été assez salaud avec moi). Ça traîne quelques semaines mais finalement elle réussit à le convaincre et ils passent à l’acte. » Par ailleurs, les frontières entre l’humain, l’animal et l’inanimé s’effacent comme si ça allait de soi : « J’offre de lui acheter sa femme dix fois le prix de la poupée, à condition qu’il la fasse empailler » ; « Le troisième samedi de juillet, au marché, je tombe sur Braude et Taupy. Ils me proposent un lot de 50 enfants en bonne santé », un bras féminin constitue une idée de cadeau pour un collègue partant à la retraite et la liste des animaux tués au long d’une vie, exigée par une administration pour le moins kafkaïenne, peut tout à fait inclure tante et épouse.
Bref, Daniel Cabanis n’en est pas à une bizarrerie près mais, hélas, le monde qu’il crée ainsi n’est pas si exagéré que ça, tant les personnages, y compris celui du narrateur, ressemblent à des marionnettes grand-guignolesques sur lesquelles l’auteur ne se prive pas de taper en grossissant malicieusement certains travers de nos contemporains.
![[Chronique] Daniel Cabanis, J’exagère sans peine, par Bruno Fern](https://libr-critique.com/wp-content/uploads/2026/07/band_Cabanis-exagere.jpg)
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Epatant, cher Bruno !
Je découvre avec surprise et plaisir un auteur dont je ne savais rien.
Et ça vaut de toute évidence la peine.
Totus tuus.
Kaurent