On commencera cette dernière livraison de nos Libr-estivales par un regard caustique porté sur un spectacle aussi ridicule que tragiquement absurde : l’université d’été du MEDEF. Nous retrouverons ensuite de Nouvelles aventures d’Ovaine (Tristan Felix), nos conseils de lectures pour attaquer un mois défavorable à la création originale (Libr-livres reçus), puis nos Libr-événements.
Univercécité des kleptocrates
/par l’Observatoire des forces néo-libérales en France/
Sur le Cour-Central LACOSTETM
les cotés-en-Bourse ont la cote
qui font défiler des fantômes postpolitiques…
… prennent la pose…
… se tapent la honte…
Les kleptocrates font leur cinéma
pour rouler dans la farine
LA DETTE… LA DETTE… LA DETTE… LA DETTE… LA DETTE… LA DETTE…
est bonne pour
le Bon-Pleupleu-merde-in-fRANCE
qui court se jeter dans la gueule du loup
vêtu de bleu marine
LA DETTE… LA DETTE… LA DETTE… LA DETTE… LA DETTE… LA DETTE…
pour le Bon-Pleupleu-merde-in-fRANCE
l’austérité
aux winners la rentabilité !
Tel est le cours normal des choses, non ?

Légende :
Le CAE (Conseil d’Analyse Economique) estime que la dette de la France nécessite désormais des budgets annuels qui totalisent entre
82 et 112 milliards d’économies d’ici 2032, soit au moins 3% du PIB. L’austérité s’impose donc pour tous les secteurs et tous les Français… sauf pour les milliardaires, qui ne paient pas d’impôt sur le revenu selon l’économiste Gabriel Zucman, et pour les entreprises, qui bénéficient de 211 milliards annuels d’aides publiques, d’après les résultats de la Commission d’enquête du Sénat publiés en juillet 2025 : ces 211 milliards d’euros incluent les allègements de cotisations sociales (75 Md€), les dépenses fiscales et « déclassées » (88 Md€), les interventions de Bpifrance (41 Md€) et les subventions directes de l’État (7 Md€). Pour sa part, Gabriel Zucman évalue à 90 milliards d’euros le montant annuel des exonérations de cotisations sociales offertes aux entreprises… en plus de la baisse des impôts sur les sociétés (20 milliards)… La crise de la dette est donc au moins autant celle des recettes – siphonnées par les privilégiés – que celle des dépenses – qui leur peuvent également leur profiter.
Nouvelles aventures d’Ovaine /Tristan Felix/
Dans le couloir de la Basse Cour de Justice, Ovaine et une poule caquètent tout bas.
– Alors, poulette, que fis-tu qui te rendit coupable ?
– J’ai piqué du blé et ils vont me clouer le bec, c’est sûr. Et toi, que fis-tu ?
– Je l’ignore encore, mais j’ai grand hâte de le savoir. Je risque d’être plumée, m’a certifié mon guacamole.
– Purée, on pourrait bien lui casser l’œuf, soupire le loup grêle, aigrelettement.
Soudain l’origine inconséquente des causes ouvre la porte et laisse s’échapper la quintessence de l’impensable.
♦♦♦♦♦
Entre deux séances de tchikong, Ovaine élève dans sa ferme bio des chikungunias.
Elle les lâche deux fois par jour dans des écoles, des camps de nudistes, des piscines olympiques.
Sitôt que revenus chargés d’hémoglobine, ils passent à la trayeuse manuelle.
Le loup grêle touille le tout pour explorer les plaquettes et livre, avec effroi, ses analyses à Ovaine.
De toute urgence ils retournent aux piscines olympiques, aux campings de nudistes et dans les écoles où ils transfusent tous les piqués.
Ils sauvent ainsi les chikungunias contaminés, se réapprovisionnent du même coup et, dans une ultime séance de tchikong, Ovaine éploie ses ailes et déroule sa trompe.
Libr-livres reçus /Fabrice Thumerel/
► Antoine DUFEU, Comptes à rebours. Au nom de Dieu et du profit, éditions du Canoë, en librairie le 16 juin, 272 pages, 18 €, ISBN : 978-2-487-558-19-9.
Cette extraordinaire épopée critique de la comptabilité en vers/prose enrichit la liste des œuvres qui allient poétique et politique. Son objectif est d’emblée affiché : « ne pas réduire le monde à un marché, toute vie à une marchandise et toute logique à une mercatique » (p. 16) ; lutter contre la transformation des « règles comptables » en « lois martiales » (44), la réduction de la société entière à une société privée, c’est-à-dire à une entreprise, le monde politique au monde économique. Première arme du poète, l’humour : par exemple, feindre de confondre « sex toy » et « storytelling ». Mais l’ironie s’avère plus caustique, par le biais d’énoncés négatifs : « On ne changera nul logiciel sans avoir libéré la langue c’est-à-dire lui avoir permis d’être terriblement actualisée et enrichie » ; « On se gardera d’évoquer le chômage de fin de droit qui n’a qu’une fin, celle de priver de droit » (38)…
Le point de départ d’Antoine Dufeu, un constat simple : « être capitaliste consiste d’abord à poser quelque chose à côté de quelque chose d’autre, à l’écrire, à mettre quoi que ce soit de côté, à provisionner, non à s’approvisionner » (37). Au commencement, fin XVᵉ-début XVIe siècle, Luca Pacioli, « le théoricien de la nouvelle comptabilité » (71). Et l’auteur de décrypter le développement d’une logique qui va imposer le capitalisme comme l’idéologie dominante. Mais en quoi sa démarche est-elle poétique ? Elle l’est au sens où elle analyse de façon subtile les mots comme les sigles et acronymes, se joue des mots d’ordre, déjoue les pièges jusqu’à libérer la langue de sa gangue idéologique.
► Maud THIRIA, La Langue torse, Lanskine, juin 2026, 86 pages, 15 €, ISBN : 978-2-35963-184-5.
Au commencement, le mythe d’Ovide : princesse d’Athènes, fille de Pandion et de Zeuxippe, Philomèle est violée par son beau-frère Térée, qui lui tranche la langue pour la réduire au silence ; la victime réagit en brodant son histoire tragique sur une tapisserie qu’elle envoie à sa sœur Procné ; les deux sœurs n’échappent au criminel que par l’intervention des dieux qui les métamorphosent en oiseaux, en rossignol et en hirondelle précisément.
La langue torse de la poète féministe se fait retorse pour adresser un doigt d’honneur à tous les agresseurs, leur faire horreur et dénoncer l’horreur de leurs crimes. La langue torse fait entorse à la langue, la faisant sortir de ses gonds pour exprimer la puissance des affects : face à l’innommable, la violangue (Verheggen), une langue coupée, hoquetée et ritournellisée qui fait tourbillonner signifiants et signifiés.

Libr-événements
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► 𝗥𝗲𝗻𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿𝗲, 𝗽𝗲𝗿𝗳𝗼𝗿𝗺𝗮𝗻𝗰𝗲
𝗟𝗔 𝗠𝗔𝗖𝗛𝗜𝗡𝗘 𝗗𝗘́𝗩𝗘𝗟𝗢𝗣𝗣𝗘́𝗘 | 𝗝𝗼𝗮𝗰𝗵𝗶𝗺 𝗦𝗲́𝗻𝗲́, 𝗖𝗮𝗺𝗶𝗹𝗹𝗲 𝗕𝗹𝗼𝗼𝗺𝗳𝗶𝗲𝗹𝗱, 𝗡𝗶𝗰𝗼𝗹𝗮𝘀 𝗧𝗮𝗿𝗱𝘆
𝘀𝗮𝗺𝗲𝗱𝗶 𝟭𝟮 𝘀𝗲𝗽𝘁𝗲𝗺𝗯𝗿𝗲 𝟮𝟬𝟮𝟲 𝗮̀ 𝟭𝟲𝗵,
𝗖𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗩𝗶𝗲𝗶𝗹𝗹𝗲 𝗖𝗵𝗮𝗿𝗶𝘁𝗲́, 𝗠𝗮𝗿𝘀𝗲𝗶𝗹𝗹𝗲

𝖲𝗎𝗋 𝗌𝖼𝖾̀𝗇𝖾, 𝖼’𝖾𝗌𝗍 𝗎𝗇𝖾 𝗁𝗎𝗆𝖺𝗂𝗇𝖾 𝗊𝗎𝗂 𝗂𝗇𝖼𝖺𝗋𝗇𝖾𝗋𝖺 𝗅’𝖨𝖠, 𝖾𝗍 𝗎𝗇𝖾 𝗏𝗈𝗂𝗑 𝗍𝗋𝖺𝖿𝗂𝗊𝗎𝖾́𝖾 𝗊𝗎𝗂 𝗂𝗇𝖼𝖺𝗋𝗇𝖾𝗋𝖺 𝗅’𝗂𝗇𝗍𝖾𝗋𝗇𝖺𝗎𝗍𝖾. 𝖢’𝖾𝗌𝗍 𝖺𝗎𝗌𝗌𝗂 𝗎𝗇𝖾 𝗆𝖺𝖼𝗁𝗂𝗇𝖾 𝗏𝗂𝗋𝗍𝗎𝖾𝗅𝗅𝖾, 𝖼𝗈𝗇𝖼̧𝗎𝖾 𝗉𝖺𝗋 𝖩𝗈𝖺𝖼𝗁𝗂𝗆 𝖲𝖾́𝗇𝖾́, 𝗊𝗎𝗂 𝗃𝗈𝗎𝖾𝗋𝖺 𝗅𝖾𝗌 𝖼𝗈𝗆𝗆𝖺𝗇𝖽𝖾𝗌 𝖾𝗇 𝖽𝗂𝗋𝖾𝖼𝗍, 𝖾𝗍 𝖼𝗋𝖾́𝖾𝗋𝖺, 𝗉𝖺𝗋 𝗅𝖾 𝖻𝗂𝖺𝗂𝗌 𝖽𝖾 𝗅𝖺 𝗏𝗂𝖽𝖾́𝗈-𝗉𝗋𝗈𝗃𝖾𝖼𝗍𝗂𝗈𝗇, 𝗎𝗇 𝗃𝖾𝗎 𝖽𝖾 𝗆𝗈𝗎𝗏𝖾𝗆𝖾𝗇𝗍 𝖾𝗇𝗍𝗋𝖾 𝗅𝖾𝗌 𝗏𝗈𝗂𝗑, 𝗅𝖾 𝗍𝖾𝗑𝗍𝖾, 𝗅𝖾𝗌 𝗂𝗆𝖺𝗀𝖾𝗌 𝖾𝗍 𝗅𝖾𝗌 𝖼𝗋𝖾́𝖺𝗍𝗂𝗈𝗇𝗌 𝗌𝗈𝗇𝗈𝗋𝖾𝗌.
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![[NEWS] Libr-estivales (4)](https://libr-critique.com/wp-content/uploads/2026/07/band-NewLibr-vacance-1.jpg)
