[Dossier] VIRGINIE LALUCQ, PAS UN MOT DE TROP (« YOU SPEAK, JACQUES ! ») [Variations autour de Jacques-Henri Michot, 9 / 13]

[Dossier] VIRGINIE LALUCQ, PAS UN MOT DE TROP (« YOU SPEAK, JACQUES ! ») [Variations autour de Jacques-Henri Michot, 9 / 13]

juin 4, 2026
in Category: Création, UNE
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[Dossier] VIRGINIE LALUCQ, PAS UN MOT DE TROP (« YOU SPEAK, JACQUES ! ») [Variations autour de Jacques-Henri Michot, 9 / 13]

PAS UN MOT DE TROP (« YOU SPEAK, JACQUES ! »)

(Sur le modèle d’une déclaration d’un personnage de Claire Brétécher, « you speak, Charles !», phrase chère à Jacques-Henri Michot.)

 

 

 

(Avertissement :

95 % de mon texte

ne s’avère pas de mon fait

mais d’un ready made

Michot par montage

de bribes, paroles,

citations, souvenirs,

fragments épistolaires, textes interposés

– On n’aura pas dit babils –

en train de se formuler

de se construire / le livre

au jour le jour dit, d’hui

et le cutter ainsi cutté,

en incise hommage,

 nos pauvres

têtes comprises

futures

en lieu et place

l’amitié l’affection durant

tout une Terre pas forcément ingrate.)

 

En vérité je te le dis :

ce qui, pour l’heure,

m’aide à vivre c’est,

dans le dernier livre

de mon cher Pinget,

ce dialogue de Monsieur Songe

avec lui-même :

« Que faire contre la fatigue ?

– S’exténuer ».

Une tentative d’épuisement

en toute charité bien ordonnée

qui commence par soi-même

« a few my nephew ! »,

pas simplement par les lieux

ou les mots mais aussi par

le temps.

Une tentative d’épuisement

du temps, camarade !

(Ne pas arriver à en finir

finit par vous maintenir

en vie, tandis que le livre

se fait, c’est le non des moindres

des paradoxes de l’écrivain

sans compter l’écrivaine,

puisque tout je est incertain.)

Ce faisant,

« putain de connasse

de chiaison » comme dit si joliment

un perroquet beckettien,

j’ai l’impression de battre

tous mes records

d’épuisement découragé,

pourtant je ne suis pas historien :

j’opère des prélèvements hasardeux

dans l’histoire du monde.

Je me trouve simplement englué

dans un épuisement record :

c’est lui qui me tient,

me fait tenir et enregistre

parallèlement

chacun de mes faits et gestes,

carotte ma caboche,

pour ainsi dire,

à mesure que le temps passe

et que j’en mesure la portée.

Simplement,

je n’ai pas le temps

de finir parce qu’il n’y a pas

de conclusion

possible à un visage,

cervelle, esprit, tête, entendement, cabochon,

appelez-le comme vous voulez,

ce qui est scandaleux,

c’est d’y mettre un terme,

d’y inscrire le cran d’arrêt

définitif.

Pour ça, la vie s’en charge parfaitement

alors permettez-moi de ne pas les quitter,

laissez-moi ces derniers temps avec eux

maintenant que je pénètre dans la nuit

j’ai comme des lueurs dans le crâne.

Terre ingrate mais pas totalement.

Donné trois ou quatre vies j’aurais pu

arriver à quelque chose. (Samuel Beckett)

 Je ne suis bon qu’à ça

Rien de moins.
Ces manies-là m’auront aidé à vivre. Et à écrire.

Ou à écrire et à vivre. Sans fin.

 

N’empêche d’un livre

A l’autre rive du 24 avril l’au

jour dit, page 295, tu me montres

soudainement grave –

nous avions devisé

joyeusement

des heures durant

notamment de mon aversion

pour les westerns – vieux traumatisme familial

et de la mise en place de ta conspiration

pour me faire visionner a minima Duel au soleil,

quand ce ne serait pas tout John Ford

allons-y gaiement, pendant qu’on y est !

Mais j’ai préféré regarder ces précieuses images,

souvenirs fragiles de Straub et Huillet que tu as filmés

au jardin, une forme de documentaire amical et sensible de leurs voix gravées,

jusqu’à tant que ton visage

prenne un air grave

et que tu me montres

soudainement cette page 295 :

A qui – sensible au plus haut point à une lettre adressée par Fernando Pessoa, le 1er février 1913, à Mário Beirão, qui contient un passage s’ouvrant sur la phrase : « vous aurez du mal à imaginer à quel point ma pauvre tête ressemble à la rue de l’Arsenal pour ce qui est des embouteillages » demande à Margarida, une amie d’origine portugaise, de lui indiquer ce qu’est, dans le texte original « ma pauvre tête », elle répondra, le lendemain : « a minha pobre cabeça ».

Dans le livre,

indissociable du texte,

une photographie

de Margarida.

Impossible d’en finir.

D’avec elle.

C’est impensable.

Ces scansions d’un

double présent.

 

 

 

 

Autre temps, autre espace,

tu me dis : « ça y’est / j’ai fini /

j’ai mis le mot FIN »

il fallait que j’en finisse

-quelques jours après

ton anniversaire –

nous sommes en octobre

de l’an de grâce 2024

je rédige cette chronique

où clignotent l’histoire du monde

et le présent du monde

où clignote aussi mon présent propre.

Mais tant et tant de mots

de trop

assurément, dans ce recueil.

Alors,

je t’envoie, sans nulle vergogne,

 l’ultime page du texte.

Décision d’en finir avec

ces multiples têtes

de tout acabit.

Il fallait que j’en finisse,

que je dise

le fin mot de l’affaire.

Et connaisse le fin mot de l’Histoire, aussi.

FINIR

(avec, cette fois, un poor mind 

en lieu et place d’une poor head)

FINIR

avec la fin de Footfalls :

« (…) Will you never have done … revolving it all ?

(Pause) It ? (Pause) It all. (Pause) In your poor mind.

(Pause) It all. (Pause) It all.

(Pause. Fade out on strip. All in darkness.

Pause.

Chime even a little fainter still. Pause for echoes.

Fade up to even a little less still on strip.

No trace of MAY.

Hold ten seconds.

Fade out.)

CURTAIN »

Rue de l’Abbé Bonpain,

à Marcq-en-Barœul, le 28 mars 2024

11°C Précipitations :5%

Je : 14:00

Humidité : 57%

Vent : 34 km/h

 

« L’après-midi du 28 mars, par un clair soleil rappelant l’aube du 18 mars, le 7 Germinal an 79 de la République, le peuple de Paris qui, le 26, avait élu sa Commune, inaugura son entrée à l’Hôtel-de-Ville. »

Louise Michel

C’était il y a 153 ans.

 

 

 

 

 

C’est donc à mars que remonte

la première tentative.

Échec de la fin,

aux confins du fin

du fin,

fin provisoire,

ou provisoire et mat

des confins,

(à toutes fins utiles),

fin en liberté

conditionnelle,

fin hors limites,

déconfinée,

comme une frontière

aux finitions

encore mal définies,

le livre toujours

en progrès, tout en contours,

en ascension testuelle,

en expansion de fins gigognes,

poupées russes qui emboîtent

le pas d’une fin l’autre,

nous y voilà fin prêts

enfin !

 

Alors qu’en mai

récidivera

la seconde

tentative, tu m’écriras :

c’est sans fin.

« L’enfer, c’est de ne plus pouvoir s’arrêter. » (Perros)

Un trois mai plus tard,

je t’empêcherai de finir, certes

mais toi qu’est-ce qui t’empêchera

de t’arrêter ?

« La vie est pleine d’allégresse, avant tout – de l’allégresse.

De l’entrain. Du nerf. Du dynamisme.
Je suis fatiguée ». (…)  répond Anaïs Nin

 dès la page dix du 24 avril en France.

Tu m’avais pourtant prévenue.

Un grand merci, carissima,

d’avoir évoqué Jean Lorrain.

Voilà qui m’a permis

à ce mien texte intitulé Pauvres têtes :

– « (…) J’ai tué Éthal ! Comment cela s’est-il fait ? Certes, je le haïssais, mais je le craignais encore plus. Je suis encore là essayant de rassembler mes idées à la lueur de ces deux candélabres dans le silence de la demeure endormie, et je ne peux pas ! je ne peux pas ! Les mots et les images se heurtent dans ma pauvre tête vide, où ballotte une chose douloureuse qui est mon cerveau liquéfié et meurtri (…) »

Jean Lorrain

Monsieur de Phocas

Astarté

1901

(NB : La dédicace à Paul Adam date du 1er mai)

 

Alors sans dévoiler la fin,

c’est en octobre, finalemente,

que…

– Pas un mot de trop ?

– T’es certain ?

– C’est sûr, c’est fini ?

– Tu vas pas passer le texte au peigne fin ?

[Lire le 8e volet]

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