Carole Darricarrère, Les Merveilleux (Aristocrates) Maudits (à propos de la dernière livraison d'ARAPESH)

Carole Darricarrère, Les Merveilleux (Aristocrates) Maudits (à propos de la dernière livraison d’ARAPESH)

juillet 4, 2026
in Category: chronique, livres reçus, UNE
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Carole Darricarrère, Les Merveilleux (Aristocrates) Maudits (à propos de la dernière livraison d’ARAPESH)

Carole Darricarrère, Les Merveilleux (Aristocrates) Maudits (à propos de la dernière livraison d’ARAPESH, avril 2026)

Pendant ce temps, tout ce temps de discorde lardé de laideur incompressible et criblé de cris, cercle vicieux d’un opium de barbarie,

Recevoir une copie de la dernière livraison d’Arapesh pensais-je c’est comme recevoir une lettre d’amour en temps de guerre,

La plus confidentielle et la moins attendue des lettres d’amour, la plus codée, la plus secrète, la moins lisible des lettres d’amour, un pur objet de désir sans relation ni avec le Temps ni avec l’Histoire, chaque livraison s’assumant avec la confiance virile limite outrancière des fleurs à éclore coûte que coûte, une livraison aussi mystérieuse et étrangère et souveraine et incarnée et éphémère qu’une éclipse de lune « entre le monde invisible et le monde visible », une lettre d’amour en néo-morse mâtiné de Tagalog à la Littérature, un truc aussi déroutant et fascinant et érotique et ésotérique et hermétique et inutile qu’un poème au milieu d’un champ de mines,

 

Chaque livraison pensais-je est un éclat, un diapason, une jonchée minimaliste d’art brut, un ovni, un remède contre la dure injonction de devoir, une insolence, un pied-de-nez réparateur beau comme le tranchant graphique d’une faux au toucher d’une cible, la noblesse cadavre de la menuiserie aérienne d’un squelette, le papier, le dessin, la mise en page, le souffle arrêté de ses blancs, le sang paradoxal bleu de jais à mi-chemin de la fleur de lys et du fruit défendu de ses lignes, le suc et le suint des extrêmes d’une Démarche ;

Avis aux éveillés qui sommeillent en nos fors intérieurs, l’idée est bonne qui consiste à réduire en miettes, triturer et concasser les scories des textes que l’on regretterait d’avoir commis mais que l’on ne se résoudrait pas pour autant à offrir au composteur,

Constant Candelara se démarquant à loisir du côté de l’Invisible offre à délivrance le chant de ruines d’un parti pris, celui d’un « Livre de carcasses » empruntant avec l’élégance crépusculaire châtiée qui lui sied un chemin de Villon empreint de salut : sorte de « ballade des pendus » réchappée de quelque cour des miracles,

Mathéo Chalvet en écho lui fait cadeau « D’une fente » à l’égal d’un trait réconciliant le vide et le plein, Thanatos et Éros, l’anatomie et le dégoût et le désir à lire de préférence à deux tête-bêche sans idée préconçue comme au chevet d’une parturiente et laisser faire ce qu’advienne ;

 

 

 

Le motif poétique — du genre radical exigeant un brin précieux ayant quelques longueurs d’avance sur l’avant-garde et qui n’aurait vraisemblablement pas déplu à Monsieur Bubis, l’éditeur de Hans Reiter dans « 2666 » — balayant le mobile politique mère de toutes les haines,

Si d’aventure concrètement certains n’y comprenaient rien qu’importe, les créations d’Arapesh n’en resteront pas moins puissamment libératrices & agissantes, or

« Nous avons besoin de quelque chose de plus réparateur qu’un sandwich au fromage avec des oignons au vinaigre. Mais où le chercher, où le trouver, et qu’en faire, une fois que nous l’aurons trouvé ? » (*)

Reste que, pourquoi moi pauvre moi pensais-je au terme de ma lecture, un sourire de Joconde mi-figue mi-raisin au coin des lèvres quoi qu’il arrive.

 

(*) Monsieur Bubis in « 2066 » de Roberto Bolano

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librCritique

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