En ce dimanche estival, pleins feux sur le livre posthume de Valère NOVARINA (1942-2026), Désoubli, avant de découvrir le billet de Claude Minière et le Libr-regard d’Éric Pessan ; nous terminerons par de nouvelle aventures d’Ovaine (Tristan Felix) et un RV au Marché de la poésie…
Pleins feux sur Désoubli de Valère NOVARINA /Fabrice Thumerel/
Valère NOVARINA, Désoubli, P.O.L, mars 2026, 320 pages, 22 €.
« Désoubli » aurait pu aisément figurer dans le Dictionnaire Valère Novarina, paru peu avant la disparition du célèbre peintre et
écrivain (1942-2026). VN, « Voie Négative », celui-là même qui se définissait avant tout comme un « artiste », et non un « créateur » : « C’est un réaliste profond toujours et un observateur tactile du réel par-dedans. Qu’est-ce qu’il fait ? Rien ; il ne crée rien : il dévoile ce qui est là ; il rappelle et désoublie » (L’Envers de l’esprit, P.O.L, 2009, p. 161). Désoublier, c’est se souvenir de son être-au-monde immédiat pour toucher avec les yeux, écrire avec l’oreille ou « entendre avec les yeux » (D, 44), se défaire de toutes les médiations trop humaines, des discours qui nous parlent comme des représentations toutes faites ; c’est être inspiré, c’est-à-dire céder la place à son animal, se laisser habiter par le souffle poétique, et donc par la matière (du langage comme de la peinture) : « L’art est ici un échange de souffle avec la Création » (D, 53) ; « J’aime me définir, non comme un artiste total, mais comme un animal pratiquant. Un artiste pratiquant jusqu’à ce que les choses parlent toutes seules : comme l’acteur, je cherche la défaite de soi ; se
retirer, laisser parler notre langue, laisser peindre les couleurs » (D, 111). Désoublier, c’est ne pas être, se dé-faire pour se perdre, disparaître ; c’est ne pas oublier de s’ouvrir à la démesure du monde, dépasser les limites pour s’abandonner à la furor, aux forces surgissantes – corporelles, pulsionnelles ou esthétiques. Désoublier, c’est emprunter la Voie Négative : « La passion est une voie négative : je dois passer par la défaite de tout le théâtre humain. Toutes nos idoles sont mises têtes en bas » (Observez les logaèdres !, P.O.L, 2014, p. 110). Pour l’écrivain comme pour le comédien, cette Voie Négative est une ascèse : « Je est le contraire du moi. Je réclame le vide » (ibid., p. 42). À méditer en ce temps d’individualisme et d’identitarisme… En cette époque de fermeture socioculturelle et de repli identitariste, l’œuvre de Valère Novarina est en effet des plus enivrantes : la « voie négative » nous invite à rejeter tout assujettissement, toute assignation à résidence immobiliste pour ouvrir l’espace du dedans à l’infinité des possibles et par là même à toutes les métamorphoses.
C’est dire qu’avec ces 29 textes très divers et peu accessibles jusqu’à présent (dont deux inédits) – publiés entre 1977 et 2022 –, accompagnés de photos et documents variés, nous entrons dans la fabrique de l’œuvre, et c’est ce qui fait tout l’intérêt de ce recueil posthume.
DEUX NUMÉROS AVANT L’APOCALYPSE, BILLET DE CLAUDE MINIÈRE
Vous voulez connaître un monde nouveau ? C’est facile, le numéro 664 de la NRF vous l’a préparé sur cent cinquante pages. Cent
cinquante pages de scoliose, la poésie y est toute scolaire et contorsionnée. Que se passe-t-il chez l’éditeur, n’y a-t-il plus de lecteurs de poésie dans la maison ?
Il faut penser que les concepteurs de ce n° 664 de la revue se sont reposés sur de fausses prémisses :
le monde est nouveau. Ou : les poèmes appellent un monde nouveau (Voir advenir l’aube d’un jour nouveau, telle était, selon la directrice de la revue, l’aspiration que nourrissait Stefan Zweig). Mais évidemment ces prémisses associées à la figure de Pessoa (autre figure tutélaire de cette livraison), cela fait un programme contraignant ! « La littérature nous rend plus humain », prétend Olivia Giesbert. Est-ce bien nécessaire ? Quand on observe ce que fait aujourd’hui l’humain avancé ! Ce qui serait vraiment nouveau, serait, déjà, d’éviter les poncifs, de s’en libérer, et d’avoir une vraie sensibilité non aux discours et spéculations mais à l’irruption poétique. Ou disons : un goût plutôt qu’une discipline. A la patience et la neutralité probablement s’accorde la philosophie, mais la poésie est excès, sortie, accélération. Elle « transperce et transporte », disait Montaigne dans son admirable et nouveau essai « Du jeune Caton ».
NRF, Gallimard, n° 664, mars 2026, 150 pages, 20 euros.
Le Libr-regard d’Éric Pessan
Les pétroliers font des affaires en or grâce à la guerre en Iran, des fascistes font des gueuletons un peu partout en France, un défilé néo-nazis interdit par la préfecture se tient quand même, le gel des avoirs (qui permet de bloquer tout accès à ses comptes en banque à une personne soupçonnée de financer le terrorisme) est de plus en plus utilisé pour faire taire celles et ceux qui s’inquiètent de la situation sanitaire en Palestine, une chroniqueuse d’extrême-droite embauchée au service politique de France Télévision tandis que l’indépendance de l’audiovisuel est tranquillement enterrée, Trump est de plus en plus démentiel dans ses actes et ses propos tandis que Vladimir Poutine remporte haut la main les élections présidentielle russes qui se tiendront dans 4 ans, un millier d’arbres coupés pour dégager la route du prochain Tour de France et laisser passer les caravanes publicitaires, les milliardaires français ne paient toujours par d’impôts mais une loi vient d’être votée pour faciliter la chasse aux fraudeurs les plus démunis… heureusement qu’il y a l’Hantavirus à agiter comme un drapeau rouge sinon on pourrait presque trouver dans l’actualité motif à se révolter.

FOCUS Libr-événement : RV au Marché de la poésie
Vendredi 5 juin à 15 h 30 :
Juste après la réédition aux éditions Lanskine de l’anthologie Ce que les femmes font à la poésie (novembre 2025), nous vous invitons à une Table ronde, suivie de rencontres et dédicaces (17H-18H, stand 610).
Table ronde – Ce que les femmes font à la poésie
Laure Gauthier, Marina Skalova et Maud Thiria
Températeur.ices : Fabrice Thumerel et Catherine Tourné (éditions Lanskine)
Scène/Chapiteau du Marché

Nouvelles aventures d’Ovaine /Tristan Felix/
En prévision des soins gratuits payants, Ovaine dévalise les rayons de la maladie.
Elle précipite l’heure de sa folie et prend en douce sa retraite dès neuf ans. (Toujours ça de pris.)
Elle occupe tous les lits d’hôpitaux, un essaim de médecins virevoltent sur son cas, les remboursements pleuvent.
Le loup grêle répand la combine comme une traînée de poutres – et tous les valides de se bâtir un avenir radieux actif.
L’épidémie de résistance est planétaire, les médecins, débordés, se convertissent en virus.
Désormais plus vulnérable qu’une petite feuille morte, Ovaine se retient de vivre.
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Ovaine, forte de son ridiculum vitae, l’adresse à toutes les boîtes de sévices à la personne :
« Titulaire d’un doctorat sur la stimulation des tarentules en milieu hospitalier.
Assistante paramilitaire pour la défense des virus récidivistes.
Stages immersifs de 6 mois dans les égouts pour la ratification des sdf.
Anesthésiste en chef du mouvement Le Soulèvement de l’Éther. »
Vite recrutée, elle rameute discretos viocs, virus, rats et célestes lucides pour les former au lancer de fléchettes au curare.

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Il faudra bien, un jour, souligner la filiation Claudel – Novarina.
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Oui, tout à fait, cher Claude !