[Texte] Christophe Stolowicki, Chimères [Dossier L'Homme et la Machine #2]

[Texte] Christophe Stolowicki, Chimères [Dossier L’Homme et la Machine #2]

juin 20, 2026
in Category: Création, UNE
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[Texte] Christophe Stolowicki, Chimères [Dossier L’Homme et la Machine #2]

Tout ce qu’on ne vous enseigne pas à l’école, encore moins à la Fac, ni aux Écoles Normales Inférieures garanties. Mais dans lit sur lie, dont on fait un délit. À rif sur rif. En sélection de grains nobles. En culture biodynamique. En croisant les mains au piano comme au clavecin.

Une longue excroissance pousse sur ma vie, est à ma vie sa vérité, sa lucidité enveloppées dans un accent impossible, au sale goût de Chimère, qui fixée à mon col m’étouffe lentement.

Alors il m’intime de ne pas bouger et me frappe de son épée à plat au flanc. Mais je bondis, lui arrache son arme, et le martèle du poing au visage jusqu’à ce qu’il tombe.

Ah mes vertes années. Mieux vaut tard que jamais. Je me lève de mon fauteuil et m’étire en miaulant. Je miaule de toute la violence organique de mes orgasmes naguère. Toute la violence, la virulence, la simple verdeur qui avaient trouvé issue dans l’orgasme sont revenues au corps premier, à l’étirement du chat préalable à ses coups de griffe. J’ai tout vécu à l’envers.

Je me masse le visage et le cou. Il m’a été préparé, pour le prix habituel, une copieuse, délicieuse salade de homard sur laquelle j’ai fait ouvrir une grande bouteille de la vallée du Rhône. Le Figaro m’a tenu au courant des médiocrités politiques récentes et des dernières trouvailles de l’intelligence artificielle envahissant l’écriture et l’édition, qu’il ne faut pas grand flair pour détecter. Ah les sales bêtes.

Ces cris-là, mon ami, viennent de l’extrême sensibilité de l’organisation : les objets de nos passions donnent une commotion si vive au fluide électrique qui coule dans nos nerfs qu’aucune de mes maîtresses n’en a été surprise, sinon comme la preuve que j’étais aussi femme qu’elle.

Maintenant, mettez tous mes volumes de Sade, dont s’est nourri et révélé mon jeune âge, en même temps que je découvrais La Rochefoucauld, dans une boîte, mixez, et obtenez mieux par intelligence artificielle.

Lecteurs infirmes. Écrivains infects.

« Je ne crains pas la mort. » La Rochefoucauld l’avait déjà dit avant Sade, son catholicisme d’usage n’y aidant en rien.  

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