Plainte et plors et laments,
C’est là chose, Seigneur,
Terrible et grand malheur
Que d’écrire ce chant ;
Après Gaucelm Faidit,
Que ma peine soit dite :
Un planh s’en vient planer
Sur la modernité.
Roche et Gleize, Nova
Verheggen et rina,
Il en passe, Seigneur,
Plus vite que les heures ;
Heur ! Point encor n’est mort Christian Prigent.
Ils transissent sans hoir,
ou peu, ou des sans-gloire ;
S’apitoient, hébétés :
« C’est quoi qu’on a raté ? »
Qui saurait le souffrir,
Bien sec aurait le cœur –
Honte à toi qui, Seigneur,
Prête vie puis à rire !
Se brésille la harde
Et s’éteint l’avant-garde ;
On prendrait les paris :
« Et le prochain, c’est qui ? »
Heur ! Point encor n’est mort Christian Prigent.
Mais le gisant le guette
Que retraînent les guêtres
Mesquines des parlaîtres
Et mondains d’entrefête ;
C’est la scie des guiternes
– « L’actuel, c’est le moderne ! » –
Qui cherchent la fortune
Au clair des vieilles lunes.
Il en passe, Seigneur,
Et peu s’en faut que leurs
Villanelles déchaussent
Des aïeux les dents fausses ;
Heur ! Celles de Prigent rient de la fosse.
Et Malzac est partout,
Et di Manno s’est tu,
Et Battal est partout ;
Molnár – quelqu’un l’a vue ?
Eux partent ; nous restons,
Ragotins, rogatons ;
Et le trou se rebouche
des percées de leurs bouches.
Qui pour, d’ores en avant,
Tenir langagement
Au mépris de la vi
eille peau poésie ?
Heur ! Point encor n’est mort Christian Prigent.
Là qu’est dite ma peine,
Haro ! Fi ! qu’elle cesse
Ma fielleuse rengaine ;
Elle vire au sirventès.
Plainte et plors et flonflons,
C’est là chose, Seigneur,
Terrible et grand malheur ;
Elle se meurt, ma chanson,
Las ! Point ne se meurt Cécile Coulon.
![[Texte] Thomas Machado, FORTZ CHAUSA ES](https://libr-critique.com/wp-content/uploads/2026/07/band-TXT-is-good-for-you.jpg)