[Chronique - NEWS] Guillaume Basquin, POUR BARBARA GOLDIN

[Chronique – NEWS] Guillaume Basquin, POUR BARBARA GOLDIN

mai 29, 2026
in Category: chronique, News, UNE
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[Chronique – NEWS] Guillaume Basquin, POUR BARBARA GOLDIN

Sisters, Saints, Sibyls (2004-2022)
Nan Goldin
Grand Palais, Chapelle Saint-Louis de la Pitié-Salpêtrière, jusqu’au 21 juin

 

On entre dans ladite chapelle Saint-Louis par un escalier d’échafaudage. Pour dominer la scène où l’on peut voir la reproduction d’un lit d’hôpital qui servit à une cure de désintoxication de l’artiste Nan Goldin. « La drogue m’a libérée… puis elle fut ma prison. » Tenez-vous à distance, semble nous dire cette scénographie de l’installation-vidéo en triptyque de la célèbre photographe. Cela commence par l’histoire de sainte Barbara, en images (peintes) avec voix off : son père, Dioscore, pour la garder vierge jusqu’au mariage, l’enferma dans une tour à deux fenêtres. Celle-ci, recluse dans sa tour dans le calme et la solitude, entrevit la lumière de Dieu, se convertit au catholicisme et reçut le baptême. Sa conversion fut matérialisée par la troisième fenêtre qu’elle fit percer dans sa tour en l’honneur de la Trinité. Dès lors, l’installation Sisters, Saints, Sibyls ne pouvait être qu’un triptyque : tableau sur trois volets (ou ici, écrans), dit le Littré.

 

Affiche de l’exposition © Nan Goldin

 

Barbara Goldin, sœur aînée de l’artiste, fut une enfant précoce, nous dit-on : marcha à neuf mois, parla à un an. Des photos de famille, en noir & blanc. Six mois, deux ans, six ans ; et puis le rythme s’accélère : treize ans, les premières tensions familiales (« Tu n’es pas ma mère… »), les hôpitaux psychiatriques, les fugues… et puis le drame : s’étant allongée sur le lit d’une voie ferrée, moderne Ophélie, elle sera écrasée par un train. Suicide que la famille tenta un temps de maquiller en accident.

Mais qui donc est la sibylle, celle qui annonce les oracles et troisième terme du titre de l’œuvre ? Nan Goldin elle-même, sans aucun doute : celle qui fait montre de pouvoirs divinatoires, avec ses photographies et ses diaporamas ; mais aussi celle par qui le scandale arrive : quels sont donc tous ces marginaux à l’identité sexuelle incertaine ? Barbara, la sœur aimée, se scarifiait ; Nan se brûle la peau avec des mégots de cigarette. D’où les lits d’hôpitaux, les séjours de désintoxication… Et puis, l’art, l’art qui sauve, jusqu’ici tout du moins, l’artiste du désespoir et des nombreuses dépressions. Tout cela finira mal, dit le titre général de l’exposition… Et alors ? L’exercice aura été profitable, Madame, puisque nous avons pleuré en plein milieu de la chapelle Saint-Louis, au moment où l’artiste nettoie la tombe de sa sœur morte suicidée à 18 ans. Mission cathartique de l’art accomplie. En musique. Celle, très belle et absolument indispensable à l’œuvre, à sa pleine réussite, qu’on entend tout au long de ce chant pour la mort de la sœur coupée trop tôt comme une fleur : un tombeau pour Barbara Goldin.

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