tombeau
quand je grimpe à vélo jusqu’au bois de Meudon
je passe à son entrée près des maisons amies
d’Hans Arp et Sophie Tauber Theo et Nelly
Van Doesburg tous quatre absents je continue donc
quelque part ne sais où dans ce bois montueux
rafraîchi d’étangs ombré de futaies splendides
se trouve d’un poète assassiné par la grippe
le monument tout en vide ce n’est pas rien
imaginé par lui que l’Oiseau du Bénin
a sculpté en présence de Tristouse Ballerinette
son amante infidèle qu’il a rêvée nymphette
par lui rencontrée frétillante auprès d’une source
des oiseaux plus locaux pourraient le signaler
ce discret tombeau mais nul ne chante ils ont tous
décanillé depuis que le week-end une flopée
de promeneurs pique-niqueurs à pied à moteur
envahit bouche cousue nez masqué en famille
le joli bois de Meudon de quoi ont-ils peur
dans l’air des cités désertes un rusé virus
chinois à moins qu’un siècle après Croniamantal
sa chair et son chant rajeunis d’humour viril
sorte en écho du vide et provoque un scandale
printemps 2020

chrétienté des crécerelles
drame un incendie a ravagé Notre-Dame
une cloche électrifiée appelant à la messe
se bloque et provoque un court-circuit dans les combles
s’embrase la charpente en chêne puis la flèche qui tombe
j’ai vu de ma banlieue la fumée fort épaisse
tam-tam médiatique la France éternelle a l’âme
dévastée pleure la République de droit divin
les milliardaires lui donnent leurs millions sans impôt
soit un millième de leur fortune et moi combien
en proportion cent euros à la LPO
dame les oiseaux qui à tire-d’aile ont fui les flammes
vers le bas des rougequeues moineaux en ribambelle
des pipistrelles dans les deux tours et au sommet
dans les trous de boulin pigeons ou crécerelles
par chance en avril pas encore de martinets
j’avoue n’aller prier sur l’île de la Cité
mais un couple de crécerelles dit un rapport
commençait à faire un nid dans le transept nord
revenue la femelle en fut vite écartée
par le chantier mis en place éclairé la nuit
ces petits faucons une cinquantaine à Paris
apprécient l’art gothique et en particulier
au faîte des contreforts les jolies maisonnettes
avec large entrée gargouille-perchoir installées
par des chrétiens reconnaissant le Saint-Esprit
dans l’oiseau qui en vol bat de l’aile et s’arrête
pour voir quel rat escamoter près des poubelles
nourries par le tourisme avant de se jeter
tel son destin sur Marie devant Gabriel
au portail de la Vierge il est d’ailleurs sculpté
l’oiseau du bon dieu en plus un mari modèle
elle couve il fait les courses découpe la viande est fidèle
le couple a un secret dès l’automne chaque semaine
elle sifflote un klip se penche écarte ailes et queue
lui vibrant ki ki ki cinq secondes se démène
lorsque vient le printemps d’envisager des œufs
c’est cinq-sept fois par jour que nos lurons s’embrochent
en amour comme en vol une si belle énergie
tient du miracle et nos prétentions assagit
de tant d’exploits divins l’animal se rapproche
croyant en LPO je promets d’aller voir
pas les pigeons dont la présence est garantie
mais si Falco tinnunculus se réinstalle
quand rouvrira flambant neuve après l’incendie
consacrée en grande autopompe la cathédrale
peut-être il y sommeille quelque autre histoire
2023

![[Création] Jacques Demarcq, Tombeaux (1)](https://libr-critique.com/wp-content/uploads/2026/09/band-Cimetiere_de_bagneux.jpg)