[NEWS] NEWS DU DIMANCHE

[NEWS] NEWS DU DIMANCHE

septembre 27, 2026
in Category: chronique, Création, livres reçus, News, UNE
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[NEWS] NEWS DU DIMANCHE

En un temps où, paradoxalement, triomphent la pénurie – au plan économique – et la saturation – au plan communicationnel –, que faire ? Plutôt que de tomber dans la résignation et de suivre le mouvement aliénant qui consiste à se laisser imposer tel ou tel narratif, à acquiescer (liker ?) sans lire ni réfléchir, de façon libr&critique, on pourra opter pour le « subtil » avec Claude Minière… Ou suivre Jérôme Game dans la tension entre réel et virtuel, dans l’INTR/ANSITIF… Ou se laisser embarquer par Ovaine – ou au 36e salon de la revue…

 

UNE : LE SUBTIL, par Claude Minière

Quel art nous libérera de la capture qu’exercent sur nous portables et tablettes ? Avec la parution de l’essai du philosophe Pascal Chabot, Nos vies encapsulées (PUF), les critiques retrouvent les vertus du « subtil ». Le subtil, c’est-à-dire ce qui court sous la toile et la soutient (cf. Le Monde des livres du 28 août). Avait-on oublié les multiples appels au fil d’or – ou à la trame du motif – qui innervent les Cantos d’Ezra Pound ? Je ne parviens pas à coup sûr à la cohérence, disait le poète, mais je sais que, dans le tissage de mes notes, mon devoir est de retrouver sans cesse le fil d’or du motif. Par exemple, avec le Canto CXVI, publié dans The Paris Review de l’automne 1962 : 
But to affirm the gold thread in the pattern.

Le professeur Pascal Chabot attend beaucoup de la « culture » mais la Culture néglige toujours les « avertissements » énoncés par la poésie. La culture contemporaine ne reconnaît pas volontiers les éclosions, elle préfère les populaires potions. Plus subtils sont les tissages entre trame et drame. De trame Philippe Sollers a recopié dans son École du Mystère une définition adéquate : « ensemble de détails qui constituent un fond sur lequel se détachent des événements marquants. » Ce serait une bonne présentation des Cantos eux-mêmes ; pour en faire une alerte lecture suivie, il faut ne pas perdre le fil. Quand on est libre de la capsule on remarque une foule de « détails » : ainsi je découvre que le Mahomet de Voltaire fut donné pour la première fois à Lille, le 25 avril 1741 au théâtre de la rue de la Vieille Comédie, que l’on peut encore traverser.

 

Pleins feux sur Jérôme Game, Feuilles de salle /Fabrice Thumerel

Jérome GAME, Feuilles de salle, La Kunsthalle Mulhouse, Presses du réel, juillet 2026, 88 pages, 15 €, ISBN : 979-10-91091-15-2.

Présentation éditoriale. Auteur associé à la saison culturelle 2024 de la Kunsthalle Mulhouse, le poète et plasticien Jérôme Game est invité à s’immerger dans l’univers et les expositions du centre d’art et composer librement autour des œuvres selon son langage spécifique.

À travers les salles bien remplies de La Kunsthalle de Mulhouse, où il est en résidence pendant quelques mois entre 2024 et 2025, un poète photographe imagine sa prochaine exposition – ou est-ce qu’il la restitue par avance ?
Entre fiction et document, catalogue et note d’intention, ses Feuilles de salle font apparaître un centre d’art virtuel, constamment au travail dans ses mots, sur ses murs, et jusqu’aux écouteurs de ses audioguides.
Via le dispositif d’une feuille de salle simultanément imaginaire (l’une des expositions qu’elle présente n’a pas eu lieu) et réelle (les pièces qu’elle décrit sont lues à haute voix et déposées, enregistrées, sur le Soundcloud de La Kunsthalle auquel donne accès un QR code en fin de volume), c’est comme si, dans le ruban de Möbius qu’est ce livre, l’existence des œuvres était attestée par le fait que l’accrochage où elles figurent y est documenté.

Notule de lecture. Avant la publication de notre Grand entretien avec le poète et plasticien, plongeons dans cette expérience qui n’est pas sans rapport avec son précédent livre, INTR/ANSITIF. Poétique de l’interstice (Presses du réel, hiver 2025-2026) : saurait-il y avoir la moindre description objective, qui plus est d’une exposition ? Peut-on dire le réel sans le rater ? Une écriture transitive existe-t-elle seulement ? À quoi avons-nous affaire ici, du reste ? « Mais c’est l’ex post là ou l’ex ante ? C’est l’install’ ou ça documente ? Où est-ce qu’on est là exactement ?, où est-ce qu’on » (p. 35). Qu’on soit dans le projectif ou le rétrospectif, de toute façon on ne peut saisir que dans l’entre, aucun mot ne désignant la chose.

À quoi avons-nous affaire ? À des listes de noms communs ou propres, de lieux ou d’indications… La langue syncopée, elliptique – trouée ! – de Jérôme Game projette le lecteur dans l’antre/l’entre de son imaginaire, le forçant à troueR le Réel pour s’inventer son exposition virtuelle.

 

Nouvelles aventures d’Ovaine /Tristan Felix/

Ovaine n’a pas de sac à main : c’est que pour les dames gantées, qui balancent leur âme d’un trottoir à l’autre.

Au moment de traverser le goudron, elle avise en face un gantier :

— Où mettre mon âme, s’iou plaît ?

D’un doigt tremblant mais expert il montre son étal de moufles et mitaines.

Illuminée, la main d’Ovaine se rue dans sa poche et en tire un mouchoir comme un éternuement de neige. Elle emballe la main du gantier et noue le tout à son bras blanc.

Le gantier, soufflé, ferme boutique. Tous deux retraversent le goudron, avec le premier sac à main d’Ovaine, plein à craquer.

(Ils sont très élégants.)

♦♦♦♦♦

Lorsqu’Ovaine est entrée dans la classe, les cheveux de la maîtresse brûlaient par dizaines.

Elle a retenu son souffle pour ne pas l’échauffer davantage.

Alors des centaines d’yeux écoliers se sont posés sur son crâne chauve.

Ovaine élevait des poux dans ses tresses. C’étaient ses amis jusqu’à la racine.

Mais cela n’a pas plu. On l’a rasée.

Ses cheveux désormais ne peuvent plus brûler.

 

36e salon de la revue (un large aperçu)

Sens Public, Collateral, Couturière, Les Cahiers naturalistes, la rbl – la revue de belles lettres, Poésie/première, Rehauts, l’Alef, Raison présente, Europe, Nioques, Rimbaud vivant, Europhonie(s), J’écris pourtant, La Revue du Mauss, Phœnix, Cahiers Jean Giraudoux, La Mer gelée, L’Actualité Verlaine, le CRIC, Bicéphale, Vinaigrette, L’Amitié Charles Péguy, animal, Le Grand Continent, Adogma, Le Journal des Allumés du jazz, Le Pen Club français, Cahiers Jacques Rivière Alain-Fournier, A littérature-action, Papilles, L’Ours Blanc, Déclouer le bec, Phaéton, Terrain, Sens-dessous

 

 

VENDREDI 2 OCTOBRE

20h30-22h : Salle Jean-Marie Gleize, « Intensifier le présent », Soirée hommage à Jean-Marie Gleize

Jean-Marie Gleize nous a quittés brutalement le 12 mars 2026. Créateur et animateur de la célèbre revue Nioques qu’il dirigeait depuis 1990, il a rassemblé une équipe profondément affectée par sa disparition. Pour lui rendre hommage, elle a conçu un numéro spécial intitulé Nioques « JMG » qui réunit tous les textes qu’il avait publiés dans une revue dont il disait qu’elle était « comme une partie de lui-même », mais aussi qu’elle permettait d’« intensifier le réel ». Comme une toupie lancée à vive allure, l’équipe de Nioques se fera la voix de ces textes, relais d’une conception de la poésie, de l’énergie d’un travail en commun. Retrouvez-la pour traverser 35 ans de création et comprendre comme cette figure touche et marque le travail de camarades poètes, éditeurs et revuistes. Avec Barbara Dimopoulou, Emmanuèle Jawad, Stéphane Nowak, Nathalie Quintane, Cécile Sans de Nioques et la participation d’Éric Pesty, Jean-François Puff, Martin Rueff. En partenariat avec Ent’revues.

 

SAMEDI 3 OCTOBRE

13h-14h, Salle Jean-Marie Gleize, Les Cahiers naturalistes font leur numéro !

Aux vitrines des libraires, sur les affiches du métro, dans des bandes dessinées, au théâtre… Il est ici et là : Zola !  C’est de cette présence vivante, de son histoire aussi, que Les Cahiers naturalistes invitent à parler à l’occasion de leur 100e numéro. Comment penser la place de l’œuvre aujourd’hui, comment se réunir autour d’elle ? Entre travail patrimonial et relectures modernes, on découvre Zola au cinéma, dans des jeux vidéo, en BD, sur les planches ou sur Netflix… Une manière étonnante de plonger dans la vie épique d’un fabuleux raconteur d’histoires et la densité d’une œuvre majeure et toujours incisive. Une rencontre avec Olivier Lumbroso, Jean-Sébastien Macke, Alain Pagès des Cahiers naturalistes, Céline Grenaud-Tostain du Centre Zola & Geneviève Nakach de Cahier Jean Malaquais.

 

13h-14h, Salle Edgar Morin, La magie du marché

La modernité économique a-t-elle réellement, comme le défend Max Weber, dissipé la magie ? Le 3e numéro de Couturière explore au contraire les affinités entre opérations magiques et marchandes. De l’alchimie aux technologies numériques, de la prestidigitation à la fantasmagorie de la marchandise, toutes deux produisent des effets réels à partir de signes, de médiations, de promesses et de croyances. Comment capte-t-on l’attention, fabrique-t-on la crédibilité et organise-t-on le « vouloir croire » ? Que peuvent nous apprendre les mécanismes perceptifs de l’illusion sur notre rapport aux objets, aux images, aux machines et à la valeur ? Une rencontre avec l’anthropologue Lionel Obadia, l’historien et théoricien de l’illusionnisme Thibaut Rioult et Cyril Thomas, chercheur en psychologie cognitive et magicien. Animation par Isabelle Barbéris & Mohammed Ajbilou de Couturière.

 

14h-15h, Salle Jean-Marie Gleize, « Nouveaux regards, nouvelles mémoires » 

Le rôle des maisons d’écrivain et de leur revue est de faire vivre un patrimoine littéraire, de donner un espace singulier à des œuvres et à les promouvoir. Pour cela, tout est affaire de circulation, de partage, d’imagination pour faire vivre une mémoire. Autour de lieux, les équipes des revues de la Fédération des maisons d’écrivain & des patrimoines littéraires proposent des entretiens audio, des reportages vidéos, des portraits en textes ou en images, des projets avec des artistes d’aujourd’hui. Des formes nouvelles et mobiles, des expériences, qu’il faut toujours faire dialoguer pour renouveler notre regard. Une discussion à partir de ces projets originaux avec Rimbaud vivant, J’écris pourtant, L’Amitié Charles Péguy, Cahiers Jean Giraudoux, L’Actualité Verlaine & les Cahiers Jacques Rivière Alain-Fournier.

 

14h-15h, Salle Edgar Morin, Penser les crises de la démocratie

La dernière décennie a vu s’intensifier la crise des démocraties libérales, confrontées à la montée de régimes autoritaires partout dans le monde. Dans ce contexte, la pensée de Claude Lefort offre des outils précieux pour comprendre la démocratie non comme un simple régime, mais comme une forme de société fondée sur l’incertitude, le conflit et l’absence de vérité politique définitive. C’est l’héritage de ces conceptions, l’efficience de ces choix, l’actualité d’une pensée et ses limites que La Revue du Mauss met en débat. Une manière de penser lucidement les grandes crises démocratiques que nous traversons. Avec Stéphane Corbin, Ahmet Insel et Sylvain Pasquier. Une rencontre animée par Sarah Creusot (Sciences-po).

 

15h-16h, Salle Jean-Marie Gleize, Aventure Bicéphale

Comme Acéphale, la revue de Georges Bataille, Bicéphale, créée en 2025, amplifie la résonance des textes poétiques et ouvre un regard critique sur les métamorphoses de la création contemporaine. Tel un fanzine, c’est un objet-manifeste qui tente de définir le mot-concept « bicéphale ». Toute l’équipe de la revue sera réunie pour vous présenter la livraison fondatrice d’une revue unique à cheval nietzschéen entre deux mondes, celui des arts visuels et des arts vivants. Une aventure transdisciplinaire et collective à laquelle les auteurices de Bicéphale – Axel Baille, Marie Barbuscia, Théo Hillion, Lexus, Steeve Minder, Jean-Louis Poitevin et Paola Quilici – vous invitent pour en faire saliver les mots.

 

17h-18h, Salle Jean-Marie Gleize, Faire animal

Depuis 2021, animal sort du terrier deux fois par an et propose des œuvres et des textes inédits, au printemps sous format numérique, imprimé à l’hiver. Pour son équipe : « Une revue est un lieu de rencontres, une cabane aux portes et fenêtres ouvertes sur les mondes qui peuplent le monde. Pas de chapelle ici, ni d’élevage en batterie, mais du souffle, des pattes et des poils, des forêts, des collines et des plaines à perte de vue. » C’est cette conception et ce geste d’accueil de la diversité des poésies aujourd’hui qu’elle promeut. Une rencontre-lecture avec quatre poètes publié.es dans animal qui font entendre leurs voix : Christophe Manon, Antoine Mouton, Lucie Taïeb & Béatrice Trotignon. Animation par Franck Doyen.

 

18h-19h30, Salle Jean-Marie Gleize, La revue de belle-lettres a du souffle !

La revue de belles lettres fête en 2026 son 150e anniversaire ! Quelle longévité, quelle place dans le monde des revues francophones ! Que de poètes publiés, de voix découvertes ! Toujours attachée à faire passer des voix contemporaines – en français ou en langues étrangères –, elle fait circuler les œuvres, les imaginaires et les voix poétiques. Alors que paraît un numéro anniversaire illustré, son équipe, réunie autour de David André, vous invite à traverser son histoire, à réfléchir sa place dans le paysage éditorial et linguistique suisse et européen, à entrer dans ses coulisses. Une rencontre ponctuée de lectures croisées et d’échanges avec des poètes récemment publiés. Avec le comité de rédaction de la rbl, Jean-Paul Bota, Manuel Cajal, Olivier Cadiot, Judith Chavanne, Sandrine Cnudde, Étienne Faure, Cécile A. Holdban, Jacques Lèbre.

 

DIMANCHE 4 OCTOBRE

14h-15h, Salle Jean-Marie Gleize, « Les revues de poésie, c’est ringard ! »

Pourquoi faire des revues de poésie aujourd’hui ? Voilà une question qui semble naïve mais qui témoigne d’un engagement lucide ! Pourquoi s’obstiner à animer une revue, à la gérer, à en assumer les frais et l’intendance ? Malgré ce travail sisyphéen, les revues tiennent bon. Quel rôle remplissent-elles tant du point de vue social que littéraire ? Quelles valeurs créent-elles ? Quels poètes publient-elles ? Pourquoi les choisissent-elles ? Quels genres de poésie défendent-elles ? Pour qui travaillent-elles avec autant d’acharnement ? Qui les lit au fond ? Comment trouvent-elles de nouveaux publics ? Quel impact ont-elles sur le paysage éditorial contemporain ? Autant de questions et d’enjeux fondamentaux que Poésie/première invite à débattre avec Jean-Baptiste Para d’Europe, Jacques Lèbre de Rehauts & Karim de Broucker de Phœnix.

 

14h-15h, Salle Edgar Morin, Visages du rationalisme

Raison présente s’emploie à penser le rationalisme, son histoire, ses implications, sa réalité effective dans nos existences. Autour de son dernier numéro qui interroge son équipe et une vingtaine d’intellectuels de tous horizons sur ce que signifie le rationalisme dans leurs vies professionnelles, se déploient des conceptions et des définitions bien différentes les unes des autres. Si la rationalité revêt d’évidence une importance claire, si on pourrait se réjouir d’un pluralisme vigoureux, d’un dynamisme sans dogmatisme, il y a un risque de dispersion des visages du rationalisme qui le priverait de toute consistance. C’est pourquoi, l’équipe de la revue invite à clarifier le sens de cette notion, de lui donner forme collectivement, à en établir des impératifs. Un débat avec François Dosse, Emmanuelle Huisman-Perrin, Michèle Leduc, Alain Policar & Christian Ruby.

 

17h-18h, Salle Edgar Morin, La critique toque

À l’heure où semblent avoir triomphé les effets conjugués des crises de la presse, de la musique, du disque et de l’attention, l’idée de critique musicale semble confinée à un passé lointain, survivant dans de rares réserves où quelques personnes continuent d’écrire, discuter, analyser, commenter, et débattre de la musique. Qui sont les critiques de musique ? Comment exercent-ils leurs activités ? Et surtout, que permet la critique musicale d’entendre aujourd’hui des chants et sons du monde qu’ils veulent servir ? Le Journal des Allumés du jazz convient des critiques musicaux pour débattre de ces pouvoirs encore actuels de la critique, des revues et médias de critique musicale, qui – les crises ne font pas – n’ont pas dit leur dernier mot. Avec Stan Cuesta, Jacques Denis & Étienne Menu. Animation par Pierre Tenne.

 

 

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Fabrice Thumerel

Critique et chercheur international spécialisé dans le contemporain (littérature et sciences humaines).

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