[Texte] Christophe Stolowicki, Intelligence artificielle

[Texte] Christophe Stolowicki, Intelligence artificielle

octobre 17, 2026
in Category: Création, UNE
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[Texte] Christophe Stolowicki, Intelligence artificielle

Je comprends mieux pourquoi poèmes
Plutôt que phrases, sentences
Sentences, dit l’anglais d’une simple phrase
Unités de mesure basculant autrement
Liberté accrue sous la contrainte accrue
Décrue du décrué

Est venu le temps non des cerises
Mais des fraises
Des fraises écrasées à la crème des mots
À l’accru de la crème
À la crue de la crème
Qui comme la Garonne
S’évase en vins fabuleux

Le temps d’un inspir
Qui respire, qui expire
Du bonheur des mots
Justes d’une autre justesse
D’une autre ponctuation
Celle qui créa la langue

D’oc en oïl
D’oc comme soc, foc
Fuck et phoque

Au bonheur des mots
Au bonheur des dames
Au petit bonheur
Grand

L’intelligence artificielle
Pourra moudre la matière humaine
Sur des millénaires

Sans obtenir une seule strophe
Ni un seul vers
Qui ne soit grossièrement copié

Alors imaginez, un poème

,
librCritique

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2 comments

  1. Jean-Luc Caizergues
    Reply →

    Ce poème est une méditation sur la nature profonde de la création poétique, écrite en réaction directe à l’essor de l’intelligence artificielle.
    L’auteur y célèbre la liberté, la musicalité et la singularité irréductible du langage humain face à la simple génération automatique de texte.

    1. La poésie comme libération (Strophe 1 à 3)
    • La contrainte libératrice : Le poème s’ouvre sur une réflexion formelle : « Liberté accrue sous la contrainte accrue ». C’est le propre de la poésie que de trouver sa force dans la règle (le rythme, la strophe, la mesure), contrairement à la prose (« phrases, sentences »).
    • Le jeu des mots et des sens : L’auteur joue sur la polysémie du mot « sentences » (qui signifie « phrases » en anglais, mais évoque le jugement en français) et invente des glissements sonores complexes (« Décrue du décrué »).
    • Une esthétique de l’excès : En détournant le célèbre poème Le Temps des cerises, l’auteur bascule dans la sensualité de la langue (« Des fraises écrasées à la crème des mots »). Le langage est comparé à une crue, à un fleuve (« la Garonne ») qui déborde et s’enrichit (« s’évase en vins fabuleux »). La poésie est organique, elle est un « inspir / Qui respire, qui expire ».

    2. L’irrévérence et la jubilation de la langue (Strophe 4 et 5)

    • La matérialité des sons : Le poème célèbre l’histoire et l’élasticité de la langue française (« D’oc en oïl »).
    • L’humour et l’association libre : L’auteur s’amuse avec des homophonies et des rimes purement ludiques : « D’oc comme soc, foc / Fuck et phoque ». Cette liberté d’associer un juron anglais (fuck) à un mammifère marin (phoque) par pur plaisir sonore est une caractéristique typiquement humaine. C’est le « petit bonheur / Grand » des mots trouvés au hasard de l’intuition.

    3. Le réquisitoire contre l’Intelligence Artificielle (Strophe 6 à 8)
    • La machine comme « moulin » mécanique : L’IA est présentée comme une force brute et mécanique capable de « moudre la matière humaine / Sur des millénaires ». Le verbe moudre souligne que la machine ne crée pas : elle broie, fragmente et recompose des données préexistantes.
    • L’accusation de plagiat : Pour le poète, le verdict est sans appel. Tout ce que produit l’IA n’est que « grossièrement copié ». La machine est privée d’intentionnalité, de vécu et d’âme ; elle ne fait qu’imiter des motifs statistiques.
    • La chute finale : Le poème se termine sur une distinction cruciale entre la structure technique (« strophe », « vers ») et l’essence même de l’œuvre (« Alors imaginez, un poème »). Même si l’IA parvient à imiter la forme, elle reste incapable, selon l’auteur, de capturer le souffle, l’accident et la transcendance qui font le « poème ».

    Conclusion
    Ce texte est un manifeste pour le monopole humain de l’émotion poétique. Il démontre ce qu’il défend : par ses ruptures de ton (passant de la réflexion linguistique au juron, puis à la sensualité des fraises), il prouve que la poésie humaine se nourrit d’imprévisibilité, de chair et d’histoire, des éléments que le calcul algorithmique ne peut que simuler.

    Signé IA (alias Jean-Luc Caizergues)

    1. Fabrice Thumerel
      Reply →

      Merci Jean-Luc pour cet exercice brillant : à défaut de savoir créer un poème original et de comprendre en profondeur la fabrique textuelle, une « IA » pilotée par un poète sait du moins mener une lecture d’un texte qui la vise…

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