Serge Basso de March, Cosmogonie de poèmes avec jardin, éditions Henry (distributeur : La rumeur libre éditions), 2025, 104 pages, 12 €, ISBN : 978-2-36469-277-0.
Cosmogonie de poèmes avec jardins. Le titre du dernier recueil de Serge Basso de March fait penser au cosmos, à une poésie proche de la nature ou à une belle et originale annonce… immobilière. Ce qui serait à coup sûr se tromper, bien qu’il nous parle de nos maisons, de nos jardins et de nos vies. En vrai, il va nous emmener de la terre aux étoiles en passant par le ciel, tout en gardant les pieds sur terre. Loin d’une nature primitive comme dans le jardin d’Eden, loin aussi d’une nature très travaillée comme dans les jardins de Versailles, il fait du jardin un endroit calme, tranquille et surtout privé. À mi-chemin entre un témoignage de vie et un bilan final, c’est à celle ou celui qui le lit qu’il s’adresse. Dans ces 101 pages, Serge Basso de March nous parle comme à une ou un ami, comme à une ou un proche.

Pierre Paul Rubens et Jan Brueghel l’Ancien, Le Jardin d’Eden (vers 1615)
Le premier chapitre s’intitule « Les trous noirs primordiaux ». Nous sommes bien dans le cosmos, dans les débuts de la construction de la vie, dans les débuts d’une vie qui va se confronter à la mort et où le poète va commencer à écrire. Avec des mots, avec des phrases, un
jardin se construit. Le temps lui aussi se construit. Dès l’origine il apparaît comme une énigme.
Dans le chapitre suivant, « Une étoile commune et condamnée », Aragon – qui n’est pas nommé – demande : « est-ce ainsi que les hommes vivent ». Nous sommes redescendus sur terre. Il y a un « jardin où nous pouvons / croire aux verbes gravés / sur le front des poètes ». La poésie est là, elle dit vrai. Elle est présente dès le départ de la cosmogonie de poèmes. Rimbaud parle « des relents d’inconnu au front d’un radeau ivre ». Le bateau est devenu simple radeau. Le décor est planté, la suite va montrer avec des mots ce qui se trouve au-delà des mots, au-delà et en dedans de nos vies.
« La Lune joueuse » se moque un peu de nous. Les mots sont la matière première du poème, ils sont difficiles à maîtriser, le silence guette. La vie continue, le « choix du vide » n’est pas le bon. Le poète va à la rencontre les hommes avec « Un semblant de confiance /en ces étranges singes/ qu’on dit être des hommes ».
« Le ciel qui s’interroge » reprend l’interrogation sur le temps et introduit les animaux. Le silence, les mots, la Sorgue qui fait penser à René Char, tout est en place dans notre monde d’interrogations et de doutes. Le jardin lui aussi est
présent « et sur l’allée tracée / par le pinceau du temps / une fourmi se perd / sur le gravier des mots ».
« Un soleil conscient de son orgueil » permet au poète de nous confier : « Pour écrire un poème, j’ai déplumé mon ange gardien ». Dieu est à distance, il reste silencieux mais l’amour, lui, existe. C’est lui qui va bouleverser le poète. Il va le confronter à un au-delà des mots. Le poète va aimer, et donc vivre. « Et dans l’absolu / des arches de ton corps / j’irai noyer mes bluettes / jusqu’à perdre ma langue ». La poésie et le poète se taisent, les mots sont dépassés. Le soleil, conscient de ce qu’il est, conscient de son importance primordiale, est l’amour lui-même. Les mots n’ont plus d’importance.
« Ruines célestes » met en scène toutes nos illusions et désillusions à partir du mensonge, de la moquerie et des ambitions de l’homme face à Dieu. Serge Basso de March va jusqu’à évoquer « la tête de Dieu / coupée / jusqu’à l’encolure des certitudes ». Même Dieu n’évite pas la décollation. Il ne fait pas bon être sûr de soi, de sa vie et de ses idées. Le jardin, lieu de vie des hommes, est celui « des landes folles / et de lents crépuscules / où les korrigans dansent ». La danse, la joie, la fête, l’art sont dans ce que l’homme a construit, dans son jardin.
« Au détour d’une comète ». Dans ce dernier chapitre, le poète crie son amour de la vie, son envie de vivre. Il nous confie être « sur la portée du jour » et écrire pour « faire un pied de nez à la Camarde / pour respirer le vivre / jusqu’au bout de mes ongles. »
Panorama de notre monde, du monde dans lequel nous vivons, du temps qui passe, de nos espoirs, de nos interrogations et de nos doutes Cosmogonie de poèmes avec jardins nous confronte, nous interroge sur ce que nous vivons. La plume est ronde, jamais aiguisée mais toujours juste. Perspicace et sans complaisance, faisant preuve d’exigence, d’authenticité et de vérité, Serge Basso de March est à l’écoute des bruits, des mots et des paroles de celles et ceux qui partagent, comme lui, le souci des mots et des paroles. Dans une poésie qui se présente comme un conte juste, ou juste comme un conte, il nous parle de ce que nous savons, de ce que nous ne savons pas et de ce que nous devinons.
![[Libr-relecture] Serge Basso de March, Cosmogonie de poèmes avec jardin, par Philippe Poivret](https://libr-critique.com/wp-content/uploads/2026/09/band-Basso-de-March.jpg)